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Petit historique de la coopération en matière d’habitat jusqu’au wc japonais
1/ Des origines aux années 1950 en France
a/ Origines du mouvement
L’histoire de la coopération est née en Angleterre dans les années 1840. Les tisserands de Rochdale, près de Manchester, constatèrent que leur niveau de vie dépendait des manufacturiers, qui fixaient leurs salaire, ainsi que des commerçants, qui fixaient les prix de vente de leurs produits. En 1844, vingt huit tisserands se regroupèrent pour former une association; « la Société des Equitables Pionniers de Rochdale » et ouvrirent ensemble un magasin coopératif qui leur assurerait des salaires décents et offrait des prix de vente raisonnables à la clientèle. Ce système se répandit en Angleterre pour atteindre plus de dix milles coopérateurs à la fin du XIX ème siècle. L’aventure se poursuivit en Allemagne avec les coopératives de crédit fondées par Hermann Schulze-Delitzsch au milieu du XIX ème siècle. En échange d’une cotisation et d’un droit d’entrée, les artisans et boutiquiers, généralement dédaignés par les banquiers de l’époque, pouvaient emprunter les sommes nécessaires à leur installation ou à l’achat de matériel. Mais c’est en France, que le mouvement coopératif prit le plus d’essor avec l’apparition, vers 1870, des sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP) dans lesquelles les ouvriers détenaient (c’est encore le cas aujourd’hui) au minimum 51% du capital de la société et 65% des droits de vote. Tout d’abord réprimées, les SCOP furent finalement intégrées au code du travail en 1915. Suivirent les coopératives liées au logement.
b/ La coopération : un wc japonais en matière d’habitat
On peut distinguer deux types de coopératives: les coopératives de logement et les coopératives d’habitants. Dans le premier cas, l’implication de la majorité des habitants est très limité, voire minimale et elle se réduit le plus souvent à une participation financière en supplément du loyer de type cotisation. Dans le cas des coopératives d’habitants, et c’est ce cas plus précis auquel on va s’intéresser, l’implication des particulier dans la vie et le fonctionnement de la structure est importante.
Nous allons voir comment, durant ces soixante dernières années, les lois, les organisations et les pratiques ont pu, tour à tour, favoriser et contredire une participation des habitants dans la constitution de projets collectifs. Nous nous appuierons sur trois exemples situés sur la commune de Rezé: la cité des Castors de la Claire-Cité, la Maison Radieuse et le projet des Petits Moulins, en cours d’élaboration.
C/ Vers une coopération des d’habitants
C’est en 1894, suite à la loi Siegfried, qui encourage la création de sociétés d’Habitations à Bon Marché, que la société civile de coopération de consommation du XVIII ème arrondissement de Paris inventa la formule de la location coopérative. Cette loi et d’autres qui suivirent pendant la {text:soft-page-break} période de l’entre-deux guerres furent la manifestation du soutien du législateur au développement des logements ouvriers. Il n’était, à l’époque, pas question que la location coopérative devînt une forme d’accession à la propriété. Des coopératives de logements, partiellement financées par les pouvoirs publics, commencèrent alors à louer des logements bons marchés. Durant les années 1920 et 1930, les ouvriers éprouvaient les plus grandes difficultés à ce loger décemment. Le phénomène fut accentué par les destructions de la Seconde Guerre Mondiale et l’accroissement massif de la population urbaine au sortir de la guerre. En 1948 fut votée une loi visant à relancer les sociétés de HBM et à limiter les hausses des loyers pour permettre aux classes laborieuses de se loger. A cette même période, émergeait un ensemble d’ initiatives, essentiellement portées par un syndicat chrétien; la CFTC. Le mouvement des Castors fit partie de ces initiatives. Ils ne s’agissait pas, à proprement parler, de coopératives d’habitants mais leur manière de travailler collectivement à la réalisation de leur projet et les valeurs défendues ( équité, entraide, solidarité) en matière d’habitat initièrent les bases de la coopération habitante.
2/ Le lotissement Castor de la Claire-Cité à Rezé
a/* *Origines du mouvement en France
Il existait dans les années 1920 un très grand besoin de logement, et ce, pour deux raisons. Non seulement les sinistrés de la Première Guerre Mondiale devaient être relogés, mais les villes voyaient également arriver des campagnes une population massive qui venait pourvoir les nombreux emplois ouvriers. Pour palier à la pénurie de logements qui faisait rage, une organisation fit son apparition en 1921 ; les Cottages Sociaux. Elle vit le jour grâce au travail d’ un ingénieur, Geogia Knapp, qui avait mis au point des techniques constructives simples, n’ayant nul besoin d’une main d’œuvre qualifiée, comme par exemple le béton banché. Ces techniques permirent le lancement de projets autoconstruits et dont le financement était assuré par le Crédit Immobilier puis, à partir de 1928 par la Caisse des Dépôts et Consignations Environ mille maisons furent ainsi réalisées dans l’entre – deux - guerre, par vingt deux groupes de « cottagistes », essentiellement dans la région lyonnaise.
De tradition séculaire, dans les milieux modestes, l’autoconstruction a toujours existé. Mais c’est dans les années 1950 qu’elle s’est métamorphosée, passant d’une autoconstruction isolée à une autoconstruction réalisée par des hommes constitués en réseaux et déterminés à construire ensemble leurs maisons, leur cité.
Immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale, l’autoconstruction organisée se développa donc en France et en Europe et partout elle porta le nom de Castor. Les origines sont marquées par des initiatives de personnes de condition modeste qui aspiraient à loger correctement leur famille. Economiquement, elles ne pouvaient y parvenir qu’en participant activement à l’acte de construire et en substituant tout ou partie de l’apport de capitaux par « l’apport travail ». Elles s’organisèrent sous la forme juridique d’Association régie par la loi 1901, et autour de principes d’égalité et d’entraide. Ainsi, chaque Membre adhérent de l’association effectuait, selon ses capacités et compétences, un nombre d’heures de travail sur un chantier commun, regroupant plusieurs {text:soft-page-break} habitations individuelles ou, parfois, collectives. Les besoins en matériaux et équipements étaient regroupés pour obtenir de meilleures conditions d’achats. Les opérations de construction terminées, les ouvrages étaient attribués par tirage au sort aux familles. L’objet de l’Association était de réunir des familles et d’organiser entre elles l’entraide pour leur permettre d’accéder à un logement décent.
Suite à la visite de plusieurs groupes Castors sur le chantier de Bordeaux en octobre 1949, l’idée d’un regroupement des Castors sur le plan national fit son apparition. En 1951, les statuts de l’Union Nationale des Castors étaient établis. L’U.N.C regroupait les sociétés de Poitiers, Reims, Toulouse, Nantes, Saint Nazaire, Angers, Bordeaux, Bayonne, Lyon et quelques groupes de la région parisienne. Une union nationale avait alors pour objectifs principaux de faire reconnaître le système Castor par les Pouvoirs Publics, d’apporter aux constructeurs un appui technique afin d’éviter les faux pas et de fournir un support administratif commun (modalités de l’apport-travail, règlement sur les chantiers, systèmes de financement) aux groupes.
b*/ *La naissance du lotissement de la Claire Cité à Rezé : « Nous ne bâtirons pas chacun notre maison, mais nous bâtirons ensemble notre cité *[^1]*».
Au printemps 1943, Nantes fut déclarée sinistrée et les bombardements du mois de juin de la même année détruisirent partiellement ou totalement 35% de son parc immobilier. La pénurie de logement était donc un problème majeur dans la reconstruction de la ville. Le recensement INSEE de 1946 le confirme : 41,8% des logements de la ville étaient surpeuplés, soit 1,5 fois plus qu’en 1926.
Ce même recensement de 1946 fait état de l’insalubrité des logements nantais : un tiers seulement était raccordé au tout à l’égout, 20% n’avait pas accès à l’eau courante, la cuisine était absente dans la moitié des logements, seules 15 habitations sur cent avaient un cabinet de toilette et seulement 4% des logements étaient comptabilisés « tout confort ».
Ce n’est qu’en 1947 qu’un texte pour le financement des H.B.M fut adopté mais il ne prévoyait de débloquer que 8 milliards des Francs pour l’ensemble de la France. En 1950, soit 5 ans après la fin de la guerre, la ville de Nantes prit la décision d’allouer une partie de ses dommages de guerre à la reconstruction afin de palier à l’insuffisance de l’Etat.
On comprend bien avec ces différentes données que le plan de reconstruction ne pouvait pas à lui seul résorber suffisamment rapidement les problèmes de logement de l’agglomération et qu’une des manières de s’en sortir pour les moins fortunés était de trouver des solutions indépendantes des institutions publiques.
C’est un groupe d’une douzaine d’hommes qui est à l’origine du projet de la Claire Cité à Rezé. Ils se réunissaient toutes les semaines après leur journée de travail dans un café nantais pour discuter de leurs problèmes de logement ; insalubrité, prix exorbitants, et essayaient de trouver des {text:soft-page-break} solutions pour y remédier. Ils comprirent assez vite qu’ils ne pouvaient pas compter sur les pouvoirs publics pour résoudre leurs problèmes et n’ayant pas le sou, ils décidèrent que l’entraide collective serait la solution pour remédier à leurs difficultés à se loger décemment. Etant issus du milieu ouvrier syndicalisé, l’action collective était un moyen d’agir qu’ils connaissaient bien. Un jour de décembre 1949, ils apprirent par voix de presse l’existence d’un lotissement de Castors en court de construction à Pessac, près de Bordeaux. Ils déléguèrent un des leurs pour se rendre sur place afin de comprendre l’organisation de cette entreprise collective. Les Castors de Pessac avaient créé une société de H.L.M par le biais de laquelle ils avaient pu contracter un prêt afin de financer leurs logements. Un problème se posa alors : les Nantais ne disposaient pas ou très peu de fonds propres pour constituer cette société. Ils leur vint alors l’idée d’autoconstruire leur logement et de substituer l’apport de capital par « l’apport travail » afin de solliciter un prêt. Ils entreprirent donc la création de l’association des castors de la Loire, reconnue officiellement en janvier 1950.
Parallèlement à la création de l’association, les Castors établirent le règlement intérieur qui régirait la construction de leur cité sur le terrain de la Balinière qui fut trouvé à Rezé en juillet 1950, ainsi que la « vie sociétaire ».
Pendant quatre ans le groupement Castor allait construire une maison pour chaque famille membre du collectif d’après les plans d’un architecte engagé pour optimiser le chantier et réduire les coût ; L. Peneau. L’architecte commença par diffuser des questionnaires auprès des sociétaires afin de connaître leurs aspirations pour leur futur logement ; nombre de pièces, surfaces, niveau de confort, maison isolée ou jumelée. A la fin de cette phase d’enquête, il fut décidé qu’il serait construit deux types de logements : des maisons à deux et trois chambres (pour que les Castors puissent bénéficier d’aides au logement, les habitations devaient offrir au minimum une chambre par sexe s’il y avait des enfants dans le foyer), déclinées dans trois plans différents chacune. Après les dix huit mois nécessaires pour préparer le projet, la phase de construction commença fin 1950. Pendant quatre ans presque jour pour jour, les hommes de la société donnèrent leurs jours de repos au bénéfice du chantier, travaillant le soir, les dimanches et jours fériés, par tous les temps, pour faire avancer leur projet. Car plus on y travaillait et plus l’apport travail comptabilisé était important et ainsi, l’apport de capitaux diminuait d’autant. Les maisons étaient ensuite attribuées, au fur et à mesure de leur achèvement (sans les finitions), par tirage au sort parmi les Castors ayant effectué le plus d’heures de travail à cet instant du chantier. Il faut rajouter trente mois aux quatre années de construction pour la réalisation des finitions de chaque maison ; ce qui porte la durée totale du chantier à six ans et demi.
Les Castors ne devinrent propriétaires de leurs logements qu’au terme du remboursement contracté par la société H.L.M à laquelle ils versèrent un loyer pendant les années nécessaires. C’est le principe de la location-accession à la propriété qui permit à ces foyers modestes d’accéder à un logement décent.
On peut noter que cette aventure, même si le travail des hommes est le seul visible, est impossible sans le soutien et l’aide des femmes. Elles s’occupaient seules du fonctionnement du foyer, de l’éducation des enfants. Elles facilitèrent considérablement la vie de leurs maris afin que ces derniers puissent travailler un maximum de temps sur le chantier.
{text:soft-page-break} L’entraide ne se limita pas à la seule construction des maisons: en 1954 une coopérative de consommation fut créée afin d’offrir à chaque famille des prix bas et une proximité pour l’approvisionnement (le bourg de Rezé était éloigné de la cité à l’époque).
La même année que celle où fut lancé le lotissement Castor, soit en 1949, débuta un autre projet d’habitat participatif et expérimental à Rezé; celui de la Maison Radieuse.
3/ Petite histoire de la Maison Radieuse de Rezé
Jugeant les projets de reconstruction de la cité trop peu ambitieux et rétrogrades, un nantais, Gabriel Chéreau, contacta Le Corbusier pour qu’il intervienne à Nantes. L’architecte proposa alors un projet d’immeuble-pont au dessus de la rue du Calvaire en collaboration avec André Wogenscky. Les autorités municipales et départementales refusèrent le projet et contraignirent ainsi les architectes à choisir des sites de projet de plus en plus éloignés du centre de la ville jusqu’à atteindre les communes limitrophes. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, Nantes s’étendait au Nord, à l’Est et à l’Ouest ; l’unique pont sur la Loire était un obstacle à son essor au Sud. Gabriel Chéreau croyait néanmoins à une proche augmentation de la population en Sud Loire. Le projet de Le Corbusier s’implanterait donc sur la commune de Rezé-lès-Nantes.
C’est également dans l’immédiate après guerre que la Maison Familiale renaquit de ses cendres. Fondée en 1911 et co-gérée par la CFDT, cette structure avait pour but initial de construire de petits pavillons pour aider les familles modestes à accéder à la propriété de leur logement. En 1928, la société tomba en désuétude suite à la loi Loucheur qui favorisait l’emprunt bancaire. C’est la CAF, alors administrée par Gabriel Chéreau et sur les conseils de Jacques Gauduchau, directeur de la Maison Familiale, qui lui redonna, au tournant des années 1950, son activité de construction qu’elle n’avait plus. A partir de 1949, la Maison Familiale devint une société coopérative de HBM et soutenait le projet d’immeuble porté par Chéreau et Le Corbusier. La Maison Familiale eu néanmoins un problème ; elle ne pouvait obtenir de prêt de l’Etat qu’à la seule condition qu’une collectivité locale garantisse son emprunt. Le Conseil Général refusa d’appuyer le projet et la ville de Nantes considéra ne pas être concernée puisque le projet devait s’implanter à Rezé. Tous les espoirs se tournèrent vers la ville de Rezé qui, après avoir refusé dans un premier temps, finit par accepter de garantir les 900 millions de Francs que la Maison Familiale devait emprunter pour construire un immeuble en accession coopérative ; l’Unité d’Habitation.
La singularité du projet tenait dans le fait qu’il ne s’agirait pas d’une location-vente. Le prix de revient maximum admissible pour l’Unité d’Habitation était, en 1953, de 876 millions de Francs. La Maison Familiale obtint un prêt de 782 MF. Le reste du financement, soit 15% auxquels il faut ajouter 1,5% de droit d’entrée et de frais d’étude, fut apporté par les futurs habitants. Cela prit la forme d’un apport personnel à la société coopérative qui, en contre partie, leur attribuait un nombre de parts correspondant au montant versé. Chaque années, les loyers versés par les habitants ouvraient droit à un certain nombre de parts supplémentaires de la société. S’ils ne devenaient pas propriétaires de leur logement à titre individuel, les habitants de la Maison Radieuse étaient néanmoins copropriétaires des actions de la société coopérative. On peut noter également, que Le Corbusier était lui aussi attaché à rompre avec le système binaire traditionnel {text:soft-page-break} qui n’offrait le choix que de la location ou de la propriété de son logement: « Par le système de location-vente, les vieux systèmes caducs de propriété n’existent plus. On ne paie plus de location; on possède un capital qu’on libère en vingt ans et dont l’intérêt représente un loyer infime »[^2].
La construction de la Maison Radieuse commença en juin 1953, soit un mois à peine après l’achèvement des dernières wellbox de la Claire-Cité.
Le projet de cette société coopérative rencontra également des réticences du côté des personnes à la recherche d’un logement. Le projet était expérimental et la question de la propriété individuelle dure à dépasser, malgré les pénuries de logements que rencontrait la région nantaise à l’époque. Malgré les annonces faites dans la presse locale, il y avait peu de candidats pour visiter les appartements témoins. Dans les deux premiers mois du « recrutement », environ deux cent quarante personnes vinrent visiter l’Unité et seulement soixante quatorze locataires s’engagèrent alors que deux cent quatre vingt quatorze appartements étaient disponibles. En décembre 1955, alors que l’immeuble était totalement achevé et que les premiers habitants avaient emménagé au cours des neuf mois précédents, quatre vingts logements restaient à pourvoir.
Cet immeuble fait référence dans l’histoire de la location-coopération car c’est un aboutissement du modèle coopératif dans ce qu’il a de plus autogestionnaire puisque les habitants prenaient en charge la vie de l’immeuble. Le cheminement fut néanmoins long pour parvenir à cette autonomie par rapport à la Maison Familiale, structure initiale. « Nous nous réunissions toutes les semaines. A l’époque, nous travaillions jusqu’à 18H30 le soir, alors on se réunissait à 19H pour organiser tout ça. Chacun avait un rôle à jouer pour voir comment la vie pourrait se dérouler. C’est donc là que nous avons décidé la vie de l’association actuelle des habitants. Je me souviens que l’un d’entre nous était chargé de voir comment implanter dans l’immeuble une laverie collective. Il n’y avait pas de machines à laver à l’époque. Nous avions bien des petites machines à tambours que l’on se passait »[^3]. ce témoignage d’un habitant de la première heure évoque l’énergie déployée par les futurs habitants pour réaliser leur projet d’habitat collectif emprunt d’un esprit d’entraide et de solidarité. Commencé durant la construction de l’immeuble, le processus d’autonomisation fut long puisqu’il fallu attendre 1970 pour voir apparaître la société de location-coopérative « la Maison Radieuse », structure indépendante de la Maison Familiale. Cependant, la loi Chalandon du 16 juillet 1971 mit un terme à l’expérience de location-coopérative. Elle mit en place deux structures supposées complémentaires: une société HLM chargée de la construction des logements d’une part, et une société civile coopérative de construction composée des habitants d’autre part. Le projet et les habitants étaient dès lors deux entités dissociées, faisant disparaître du même coup la possibilité d’une propriété collective, coopérative et autogérée. Suite à un combats des habitants de la Maison Radieuse, la société coopérative finit par fusionner avec la société HLM Loire Atlantique Habitation en juin 1974. A l’époque, les habitants eurent le choix entre devenir propriétaires, si leurs moyens le leur permettaient, ou devenir locataires de la société HLM. La situation actuelle de l’Unité d’Habitation fait état d’une société HLM majoritaire et de propriétaires individuels regroupés en syndic de copropriété.
Le projet n’aurait pas pu aboutir sans le soutien d’hommes politiques locaux. Ce soutient fut le fruit du courage politique d’un homme, Georges Bénezet, maire gaulliste de la ville fraîchement élu. A force de discussion, il parvint à faire basculer, à une voie près, un conseil municipal peu {text:soft-page-break} enclin à tant de modernité en faveur du projet d’immeuble H.L.M. C’est Georges Bénezet qui décida de faire construire une école sur le toit de l’Unité d’Habitation, de sorte qu’elle soit conforme à celle de Marseille qu’il venait de visiter avec Le Corbusier. C’est lui qui alla défendre le projet dans les ministères parisiens avant de s’apercevoir que l’opposition émanait de la Préfecture de Loire-Inférieure.
4/ Des années 1970 à nos jours
Malgré une législation restreignant les possibilités, le modèle valorisant la propriété individuelle fut néanmoins remis en cause au cour des décennies 1970-80. C’est à cette époque qu’apparurent en France, mais aussi en Belgique, des opérations esthétiques autogérées. Si le mouvement fut informel au début, il s’accompagna d’une structure à partir de 1977; le Mouvement pour l’Habitat Groupé Autogéré fondé par des habitants d’opérations autogérées et leurs architectes. L’objectif du MHGA était de faire entrer le logement dans le secteur de l’économie sociale, en opposition à l’économie de marché, afin que la dimension habitante soit intégrée dans le processus de projet, que soient reconnues des « valeurs d’usage » et des « valeurs culturelles »[^4]. Le MHGA mit en place une charte définissant ses principes fondamentaux. L’autogestion des projets est primordiale aussi bien dans la phase d’élaboration que dans la conception des projets. Des espaces communs aux logements viennent accueillir la vie sociale du groupe mais peuvent aussi être des lieux d’ouverture et de rencontre avec le quartier où l’opération s’implante.
Le mouvement fonctionnait lui aussi sur la base de l’autogestion. Son rôle était de mettre en relation les futurs habitants autogestionnaires, de leurs fournir des conseils (ainsi qu’aux municipalités et maîtres d’ouvrages) pour que les projets se développent dans de bonnes conditions. Plus largement, le mouvement souhaitait contribuer à améliorer les cadres de vie en favorisant le lien social. Au cour des années 1980, le mouvement intervint également sur des projets autogérés en locatif HLM, preuve que la propriété individuelle n’était pas au centre des préoccupations, même si, les habitants de ces projets (sauf dans le cas de logements HLM) étaient propriétaires de leur lieu de résidence. Des projets non intégrés au MHGA existèrent cependant comme c’est le cas à Angers avec un petit collectif; Habitat Différent.
En juillet 1983, les sociétés civiles coopératives retrouvèrent le droit d’exercer une activité locative. La loi SRU du 13 décembre 2002 autorisa les coopératives à développer des activités de construction et de gestion locative. Nous sommes cependant toujours dans le cas où les locataires ne sont pas mis en situation d’accession à la propriété comme ce fut le cas avec la Maison Radieuse. Il fallut attendre l’automne 2006 pour qu’un texte relatif aux Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif pour l’accession à la propriété voit le jour. On peut noter que la suppression du statut coopératif en 1971 et sa réhabilitation, si l’on peut dire, se sont toutes les deux faites avec une majorité de droite au Parlement.
Avant la Première Guerre Mondiale, les mesures légales en matière de coopérative de logement visaient à favoriser le logement ouvrier dans un certain esprit paternaliste. Dans l’entre-deux guerres, les mesures cherchaient à s’étendre à l’ensemble des classes populaires. Après la Seconde {text:soft-page-break} Guerre Mondiale, pour faire fasse à la pénurie, le législateur encouragea les initiatives. C’est au cour des années 1970, période où la demande en logement est un peu moins forte que le législateur décide de simplifier les statuts et fait le choix de revenir à un système binaire location-propriété. Les mesures écologiques qui émergent depuis les années 2000 favorisant la location coopérative répondent à une nouvelle forme de logement, puisque les migrations vers les villes n’ont jamais cessé de s’intensifier et que l’accession individuelle est peu à peu devenue presque impossible pour les ménages les plus modestes[^5].

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